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Seuls les habitants des Andes péruviennes connaissaient la pomme de terre, appelée papa en quechua. Ils la cultivaient près de 1000 ans avant J.-C. La première description connue date de 1533, que l'on doit à Pedro de Cieza de León dans sa Chronique du Pérou. Introduite en Espagne en 1534, elle est cultivée par des moines de Séville en 1573 pour nourrir des personnes malades, également sous le nom de papa. En deux siècles, la pomme de terre va conquérir l'Europe : d'abord en Espagne où elle prendra le nom de patata (sous l’influence de batata, patate douce[2] et le mot papa ayant vraisemblablement entraîné une confusion avec le mot Papa désignant le Pape[3]), puis l'Italie taratouffli (petite truffe), l'Irlande potato, l'Allemagne puis la France. Elle est introduite en France vers 1540 et cultivée à Saint-Alban-d'Ay (il s'agissait là de la variété dite « Truffole »). Elle est figurée pour la première fois par Gaspard Bauhin dans Pinax Theatri Botanici de 1596.


Illustration extraite de Theatri botanici (1671) de Gaspard Bauhin.
Elle est décrite en 1600 par Olivier de Serres, qui la nomme cartoufle (à relier à l'allemand Kartoffel) et déclare à son sujet : « Cet arbuste dit cartoufle porte fruict de mesme nom, semblable a truffes. »
Tandis qu'en Italie, Allemagne, Pologne et Russie on mangeait déjà la
pomme de terre, en France elle ne fut utilisée que pour nourrir le bétail pendant plus de deux siècles. Les Anglais avaient de leur côté découvert le tubercule en 1586, au retour d'une campagne contre les Espagnols dans l'actuelle Colombie.
Propagée aussi bien par les Anglais que par les Espagnols, la pomme de
terre gagne le reste de l'Europe, et les nombreuses disettes du XVIIIe siècle vont encourager sa consommation par les Européens, l'Allemagne figurant au rang des précurseurs.
Concernant la France, en 1757 elle fut cultivée en Bretagne, alors en période de disette, dans la région de Rennes par Louis René de Caradeuc de La Chalotais, bientôt suivi dans le Léon par monseigneur de la Marche, surnommé « l'évêque des patates » (eskob ar patatez). Jean-François Mustel, agronome rouennais (auteur d’un Mémoire sur les pommes de terre et sur le pain économique), encourage sa culture en Normandie : en 1766 on cultive la pomme de terre à Alençon, à Lisieux et dans la baie du Mont Saint-Michel [4]. Mais c'est surtout Antoine Parmentier, de retour d'un séjour en captivité en Prusse,
qui fait la promotion de la pomme de terre comme aliment humain et
réussit à développer son usage dans toutes les couches de la société française. Il avait été capturé par les Prussiens pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763)
et avait découvert à cette occasion la pomme de terre, principale
nourriture fournie aux prisonniers. À la suite d'une terrible disette
survenue en 1769, l'académie de Besançon lance en 1771
un concours sur le thème suivant : « Indiquez les végétaux qui
pourraient suppléer en cas de disette à ceux que l'on emploie
communément à la nourriture des hommes, et quelle en devrait être la
préparation. » Parmentier remporte le premier prix, devant d'autres
concurrents qui avaient eux aussi rédigé un mémoire sur la pomme de
terre, preuve que l'usage de ce tubercule était vraiment à l'ordre du jour.
Plus d'un siècle avant Parmentier, grâce à Jean Bauhin (1541-1612) et frère de Gaspard Bauhin, directeur des "Grands-Jardin" de Montbéliard, la patate était consommée pour pallier la famine qui sévissait dans le Comté de Montbéliard indépendant et devenu français en 1793.


La petite éplucheuse de pommes de terre - Albert Anker 1886
Par la suite, Parmentier réussit à obtenir l'appui des autorités
pour inciter la population à consommer des pommes de terre. Il fait
notamment usage d'un stratagème resté célèbre : il fait monter une
garde (légère) autour d'un champ de pommes de terre, donnant ainsi
l'impression aux riverains qu'il s'agit d'une culture rare et chère,
destinée au seul usage des nobles. Certains volent des tubercules, les cuisinent et les apprécient. Le roi Louis XVI le félicite en ces termes : La France vous remerciera un jour d'avoir inventé le pain des pauvres. Leur emploi dans la cuisine populaire se développe alors très rapidement.
À la fin du XVIIIe siècle, 45 km² étaient consacrés en France à la culture de la pomme de terre. Un siècle plus tard, en 1892,
cette surface était passée à 14 500 km², chiffre considérable dont il
faut cependant souligner qu'il a nettement baissé par la suite.
Actuellement, la production de pommes de terre n'occupe plus que
1 800 km², d'une part parce que la consommation humaine a fortement
diminué, de l'autre parce que la consommation animale a disparu. Dans
le monde, la production annuelle est d'environ 300 millions de tonnes,
pour une surface cultivée supérieure à 200 000 km². Peu avant la
Révolution, l'agronome Jean Chanorier développe cette culture sur ses terres de Croissy-sur-Seine.
Au XIXe siècle, la pomme de terre était devenue l'aliment prédominant chez les Irlandais. L'épidémie de mildiou dans les années 1840 est à l'origine d'une grande famine et d'une importante émigration vers les États-Unis et le Canada.
Un des problèmes était la conservation des tubercules qu'il fallait
notamment protéger contre le gel et la pourriture : on trouve dans le Bulletin de Lille, de décembre 1915 une Recette de conservation des pommes de terre, qui selon le lecteur qui la communique, "a paru naguère dans une revue scientifique" " Emplir
aux trois quarts d'eau un récipient (chaudron ou marmite assez
spacieuse). Faire chauffer l'eau et, quand elle est bouillante, remplir
le récipient de pommes de terre. Laisser bouillir le tout pendant une
minute. Passé ce temps, retirer les pommes de terre, les essuyer, et
répéter l'opération jusqu’à complet épuisement des pommes de terre. Les
germes, se trouvant ainsi détruits, la fermentation n'est désormais
plus possible. Les pommes de terre, ainsi traitées, sont ensuite mises
dans des paniers ou dans des sacs, et peuvent se conserver pendant
environ deux ans". Contre le gel qui donne aux pommes de terre un goût sucré désagréable, le même bulletin conseille de « Mettre
les tubercules dans de l'eau froide que l'on fait chauffer. Dès que
l'eau commence à bouillir, l'enlever, elle emportera complètement avec
elle le goût sucré en question. On mettra ensuite les pommes de terre
dans de l'eau froide et salée, que l'on fera bouillir à la manière
ordinaire ».(source)
L'Organisation des Nations unies a déclaré l'année 2008,
l'année de la pomme de terre afin de « renforcer la prise de conscience
du rôle clé de la pomme de terre, et de l'agriculture en général.» [5].
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